Pires (Les) (2022)

Réalisé par Lise Akoka, Romane Gueret

Synopsis:
Un tournage va avoir lieu cité Picasso, à Boulogne-Sur-Mer, dans le nord de la France. Lors du casting, quatre ados, Lily, Ryan, Maylis et Jessy sont choisis pour jouer dans le film. Dans le quartier, tout le monde s’étonne : pourquoi n’avoir pris que « les pires » ?

 

Critique Presse:

Lise Akoka et Romane Gueret signent un premier long puissant

Si les trajectoires brisées de jeunes acteurs comme celle de Gérald Thomassin ne sont jamais citées dans le film, on pense instinctivement à l’histoire de ce jeune gosse de la DDASS pêché pour jouer Le Petit Criminel de Jacques Doillon en 1990. Poussé sur le devant de la scène sans avoir rien demandé, son destin cabossé (toxicomane, accusé d’homicide, celui-ci est porté disparu depuis 2019) a été retracé dans l’enquête passionnante L’Inconnu de la poste de Florence Aubenas. On a aussi en tête Dylan Robert, rôle principal de Shéhérazade de Jean-Baptiste Merlin, sensation du Festival de Cannes en 2018 – le jeune comédien a été incarcéré en début d’année pour avoir reconnu deux vols avec violence.

Avec cette mythologie du cinéma en toile de fond, le film de Lisa Akoka et Romane Gueret observe avec une grande attention et une tendresse palpable chaque personnage, opposant leurs réputations dans la cité – en quelque sorte le rôle que chacun y joue (la fille facile, le rejeton d’une mère folle, la gamine androgyne et solitaire ou encore le voyou un peu concon) – à ce qu’ils sont réellement. Le cinéma faisant partie intégrante de la société qu’il vise à refléter, le récit interroge en même temps la façon dont lui-même se nourrit de ces clichés pour les recracher, analyse sa fascination pour le misérabilisme, qui fait qu’il n’hésite pas, parfois, à tordre la réalité (comme dans cette scène où le réalisateur choisit de filmer son jeune héros autour d’un HLM délabré plutôt qu’un des nombreux immeubles en bon état).

C’est une critique frontale des pratiques du cinéma, mais ce qui plaît, c’est que le film en montre aussi le contre-champ, mettant en avant sa facette plus glorieuse, à travers deux personnages secondaires mais essentiels (l’assistante du réalisateur et un régisseur, qui tous deux prennent soin d’accompagner en douceur ces jeunes dans leur apprivoisement de ce médium nouveau, générateur de peurs, de stress précisément parce qu’il touche à ce qu’il y a de plus intime). Le personnage du réalisateur est lui aussi contrasté : d’abord présenté comme un créateur à côté de la plaque, prêt à tout pour obtenir des séquences larmoyantes ou sexy, on le découvre en fait peu sûr de lui, fragile. Nuancée, bouleversante par moments, cette étude maline des rouages du cinéma est une excellente surprise de ce festival.

Joséphine Leroy, in troiscouleurs.fr, le 24 mai 2022 (Consulté le 26 mai 2022)


Le mot de CinÉduc:

Ce film met en scène un tournage depuis l’étape du casting jusqu’au filmage de la dernière scène. La structure du film dans le film devient vertigineuse et bouleversante au fur et à mesure que les adolescents sont confrontés aux épreuves de la vie et à celles du jeu d’acteur. Ce film dépasse les codes du film social tout en étant conscient d’en être un.

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