Carmen, l’oiseau rebelle (2026)

Réalisé par Sébastien Laudenbach

Avec : Avec les voix de : Camélia Jordana (Carmen), Milo Machado-Graner (Salva), Soumaye Bocoum (Belén), Carl Malapa (José)

Pays :  France

Genres : Animation

Durée : 1 h 30 min

Date de sortie : 5 juin 2026

Synopsis :
Dans les ruelles de Séville, Salva, Belén et leur bande de gamins des rues vont affronter tous les dangers pour éloigner la menace qui plane sur Carmen, jeune femme libre et flamboyante. Le destin de Carmen, oiseau rebelle, est entre leurs mains.

 

Critique Presse:

« Carmen, l’oiseau rebelle », prenez garde, merveille.

Lumineux, fluide et méticuleux, le film d’animation de Sébastien Laudenbach, avec les voix de Camélia Jordana et Milo Machado-Graner, enchante avec une relecture sororale du célèbre opéra.

L’animation est enfant de bohème. Au 8e jour du festival, après les films tirés à quatre épingles, sanglés dans la forme qui impose et l’autorité de mises en scènes d’équerre, elle offre des trésors de fluidité qui libère, pareille à un massage pour les yeux. Carmen, l’oiseau rebelle est un torrent d’émerveillement, chaud devant, et l’on ne peut qu’imaginer la minutie déployée à chaque coin de l’image qui semble respirer toute seule, le trait alerte et les contrastes suggérant le mouvement de la lumière méridionale. Le Français Sébastien Laudenbach (magicien derrière la Jeune Fille sans mains) revisite l’opéra Carmen de Bizet, projet grand public, mais où les parents seraient mal inspirés de ne pas venir croquer d’enchantement des enfants.

Bienvenue dans l’exotisme pop d’une Séville du XIXe siècle, celle des gamins voleurs de rue, des aiguiseurs de couteau qui vous lisent l’avenir. Ça rayonne dans les plis de chaque couleur : crépuscule aux doigts de rose, nuits violacées où les femmes chantent leur liberté brimée. La bohémienne du titre parle et chante (au cours d’un nombre raisonnable de numéros musicaux) avec le craquant dans la voix de Camélia Jordana, identifiable à des kilomètres.

En face, un gamin errant fasciné, nommé Salvador (Milo Machado-Graner, vocalement bien grandi depuis Anatomie d’une chute) intercepte la prophétie de sa mort prochaine. Le brigadier basque Don José, tombé sous le charme de la gitane en l’aidant à fuir la prison, la poignardera le jour de la corrida. Les secrets de coulisses nous apprennent que les voix des personnages ont été enregistrées en amont de l’animation, ce qui ne doit pas être étranger à la qualité de présence du premier au dernier. Prenez garde aux deux adorables pickpockets qui zozotent leur amour des histoires qui finissent dans le sang, vous allez craquer. Les infidélités faites à l’opéra, déjà préoccupé de masculinité toxique, font saillir le féminisme d’une relecture 2026 qui porte l’accent sur la sororité des femmes libres. Rebelle et inspiré.

Quinzaine des cinéastes. Carmen, l’oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach avec Camélia Jordana, Milo Machado-Graner, Soumaye Bocoum… 1 h 26. Sortie en salles le 16 décembre 2026.

Sandra Onana, dans Libération, le 20 mai 2026.

 


Le mot du réalisateur Sébastien Laudenbach :

Je ne voulais pas faire du cinéma particulièrement au départ, mais je dessinais, donc je suis arrivé au cinéma par le dessin. Avec l’animation, on peut faire de la fiction, du documentaire, de l’essai poétique, de l’essai philosophique. L’animation, ce n’est pas un genre, l’animation, c’est d’abord une technique, mais c’est aussi une vision du monde, une certaine manière de représenter le monde. Moi, c’est ça qui m’intéresse.
Il restait à Chiara Malta quelques jours de résidence au Moulin d’Andé. Elle voulait faire un film pour les enfants, à destination des enfants, qui mette les enfants vraiment au centre, depuis assez longtemps. Moi, j’ai fait un précédent long-métrage d’animation qui s’appelle La Jeune fille sans mains, et quand elle a vu ce film-là, Chiara m’a dit : “Ah ça, ça m’intéresse.” On a écrit le scénario tous les deux et ensuite on a fait la réalisation tous les deux, c’est une réalisation assez organique.
On partait du constat que, bien souvent, les films à destination du jeune public étaient des films qui s’agenouillaient devant les enfants. Il nous semblait plus intéressant de faire un film qui soit accessible aux enfants et pas forcément adapté aux enfants. Un film qui ne prendrait pas les enfants pour des idiots, qui ne présenterait pas forcément les parents comme des héros, comme des super-héros, mais qui parlerait de la vie telle qu’elle est.
On voulait mettre du comique avec de la tendresse. On voulait parler d’un quartier, on voulait parler du vivre ensemble. Ça parle d’un souvenir perdu. Il y a la question d’un père absent, d’un père mort. Ça parle beaucoup de relations entre les parents et les enfants, entre les adultes et les enfants, entre les adultes entre eux d’ailleurs aussi. On se disait que si on parlait de manière juste aux enfants, on parlerait juste à tout le monde. Quelque part, un bon film pour les enfants, c’est un bon film tout court.

Entretien avec Sébastien Laudenbach, CNC Centre national du cinéma et de l’image animée, le 20 mai 2026.
 


Le mot CinÉduc :

Ce film d’animation, tout public, a charmé la commission CinÉduc. La palette chromatique très saturée nous a immédiatement plongées dans la chaleur de Séville. Les jeux de contraste, clair-obscur, chaud froid, nous indiquent ce qu’il faut voir. Le graphisme est sensible, le trait vibrant, ils nourrissent le récit. Ce dernier est aménagé pour se rendre accessible à toutes et tous, il est à la fois fidèle à l’œuvre originale et très contemporain. L’adaptation musicale répond aux mêmes exigences, et l’ensemble fonctionne à merveille.

Des élèves en grand nombre lors de la première au Théâtre Croisette ont manifesté leur enthousiasme.