Avec: Christian Friedel, Sandra Hüller, Johann Karthaus, Luis Noah Witte, Nele Ahrensmeier, Lilli Falk, Anastazja Drobniak, Cecylia Pekala
Pays:
Genres: Histoire, Drame, Guerre
Durée:
Date de sortie:
Synopsis:
Critique Presse :
“The Zone of Interest”, plongée à haut risque dans la banalité du mal
Madame s’est beaucoup investie dans le logement de fonction de son époux. Elle a soigneusement réorganisé les lieux, surtout le jardin, du plus petit massif de fleurs à la pelouse bien taillée. Il y a même une serre et une piscine. Hors de question qu’elle déménage de ce petit paradis domestique avec ses cinq enfants, même si son mari est muté ailleurs… dans un autre enfer. Madame s’épanouit à Auschwitz-Birkenau, dans ce que l’on appelait alors la « zone d’intérêt », sorte de secteur résidentiel, à une muraille et quelques barbelés de l’extermination industrielle supervisée par Monsieur, l’officier SS Rudolf Höss, commandant du camp. Cette ménagère nazie (la comédienne allemande Sandra Hüller, parfaitement, tranquillement glaçante), Jonathan Glazer nous la présente enserrée dans un cadre de carte postale aux couleurs poudrées et faussement riantes de propagande hitlérienne – enfants blonds, scènes bucoliques et quotidiennes, tandis qu’en arrière-plan les fours crématoires tournent à plein régime.
Cécile Mury, in Télérama, le 22 Mai 2023
Inspiré du livre éponyme de Martin Amis et tourné à Auschwitz même
L’extrême malaise dans lequel il nous plonge se niche d’abord dans la bande-son, dont les musiques ont à nouveau été composées par Mica Levi et faite de bruitages terrifiants (cris de douleur, ordres vociférés, grondements sourds des fours crématoires) puis dans des détails : une fumée visible en arrière-plan, du sang nettoyé sur une botte et une des scènes les plus marquantes du film, dans laquelle la balade en canoë de Höss avec ses enfants est perturbée par une onde de limon faite de cendres et de restes d’ossements. Et bien que dans la veine la plus âpre des films descendants de la révolution formelle que représente Jeanne Dielman de Chantal Akerman, le film évite toute complaisance ou pornographie de l’horreur. The Zone of Interest est un film paradoxalement très vert, la nature y occupe très souvent le cadre, mais une nature hantée par la mort, gangrénée par le mal. Cette zone d’intérêt (qualificatif que les nazis donnaient aux 40 kilomètres autour du camp) est ici à prendre au sens tarkovskien du terme (dans son film Stalker). La représentation de la banalité du mal y passe par une immersion sensorielle dans le quotidien de cette famille. De la musique ambiante, le film reprend l’ambition de saisir une atmosphère plutôt qu’une dramaturgie. Minimaliste, léchée et clinique, la mise en scène renverse également de l’autre côté du mur le sentiment de surveillance, puisqu’elle rappelle par son dispositif la téléréalité. Aussi magistral qu’inconfortable, The Zone of Interest est comme on s’y attendait un peu le premier choc esthétique de ce festival.
Bruno Deruisseau, in Les inrockuptibles, le 19 Mai 2023
Le mot de CinÉduc:
Le bonheur de cette famille allemande nazie repose entièrement sur la réussite professionnelle et obsessionnelle de Rudolf dans son projet funeste. Le parti pris du réalisateur est de miser sur la sensorialité de l’horreur à travers une mise en scène glaçante rarement vue pour traiter de la Shoah.
