Dora (2026)

Réalisé par July Jung

Avec: Doyeon KIM (Dora), Sakura ANDO (Nami), Saebyeok SONG (Yeon-su), Wonyeong CHOI (Sang-hun)

Pays:  Corée du Sud

Genres: Drame

Durée: 2 h 17 min

Date de sortie :

Synopsis :
Une famille vient se ressourcer au bord de mer, loin de l’agitation de Séoul. La fille, Dora, souffre d’une mystérieuse maladie. Sa découverte de l’amour libère une énergie aussi puissante que dangereuse, qui n’est pas sans conséquence sur son entourage…

 

Critique Presse :

DORA, une énergie aussi puissante que dangereuse.

July Jung poursuit avec Dora son exploration des violences systémiques qui broient les femmes dans la société sud-coréenne contemporaine. Depuis ses débuts, la cinéaste filme des personnages marginalisés, enfermés dans des structures sociales, familiales ou institutionnelles incapables d’accueillir leur souffrance autrement que par le contrôle, le silence ou la stigmatisation. Mais avec Dora, présenté à la Quinzaine des Cinéastes, elle atteint sans doute son film le plus sombre et le plus frontal.

Le récit suit une jeune femme progressivement enfermée dans le regard des autres : celui des médecins, de ses parents, de son entourage, qui interprètent ses troubles et ses réactions épidermiques comme des signes d’instabilité plutôt que comme les symptômes d’un profond traumatisme. Le spectre de “l’hystérie” — ce terme historiquement utilisé pour pathologiser les femmes et décrédibiliser leurs émotions — traverse tout le film. Chez July Jung, la santé mentale n’est jamais isolée des rapports de domination, elle devient le produit d’un système patriarcal qui surveille, culpabilise et finit par écraser celles qui ne correspondent pas aux comportements attendus.

Les humiliations médicales, les silences familiaux, l’homophobie tenace, l’impossibilité même de verbaliser sa douleur composent un climat d’étouffement constant. La mise en scène, rigoureuse et sans échappatoire, privilégie les cadres fermés, les corps empêchés et les regards qui jugent, offrant un contraste entre la douleur lancinante des adultes et la volonté d’émancipation d’une jeune femme cherchant à dépasser ses traumatismes et carences affectives. Dora refuse toute catharsis, tout soulagement artificiel, dans une radicalité qui pourra rebuter, mais qui donne pourtant au film sa puissance politique et humaniste, celle d’un cinéma qui ne cherche pas à faire souffrir gratuitement, mais à rendre visible ce que nos sociétés contemporaines préfèrent encore taire.

Sam Nollithorpe, in Le bleu du miroir, mai 2026.


Le mot de la réalisatrice

D’où vous est venue l’idée de réinterpréter Le cas Dora de Freud en l’adaptant au contexte coréen contemporain ? 
Je voulais, à ma manière, donner une fin à cette histoire, souvent considérée comme un échec chez Freud. Mais plutôt que de rester de son côté, j’avais envie de la raconter du point de vue de Dora, avec sa propre voix. Et puis, je voulais en faire quelqu’un de vivant, parmi nous. Comme je suis coréenne, le cadre s’est imposé assez naturellement en Corée du Sud, et on y retrouve l’air de la société d’aujourd’hui.

Avez-vous fait des choix particuliers de mise en scène, de découpage ? 
Le mouvement de caméra, qui gouverne l’ensemble du film, a été conçu comme l’expression d’une distance qui se réduit progressivement entre nous et le personnage. Pour cela, nous avons varié les positions de caméra — de loin à très près — ainsi que les choix d’objectifs, du téléobjectif jusqu’au gros plan. Au début, on observe Dora de loin, puis on se rapproche peu à peu, jusqu’à entrer dans son regard.

Recueilli par Patrice Carré, in Le film français, Le 17 mai 2026


Le mot CinÉduc :

Laissez-vous emporter par cette histoire envoûtante et déroutante. Une jeune fille, à la croisée des désirs, devra trouver son propre chemin pour s’émanciper et atteindre sa vérité.